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Du laboratoire au patient par Dominique Forget, communicatrice scientifique
Diagnostiquer précocement la schizophrénie ou la scoliose, développer un nouveau traitement contre l’athérosclérose, mettre au point un vaccin contre la leishmaniose… Autant de projets en cours dans nos centres de recherche. Nous vous présentons ci-dessous 15 percées scientifiques réalisées dans les centres soutenus par le FRSQ , percées qui ont – ou qui auront sous peu – des retombées concrètes sur la prévention, le diagnostic, le traitement des maladies ou l’organisation des services de santé. Loin d’être exhaustif, le présent dossier donne un aperçu du dynamisme des chercheurs en santé du Québec. Nous tenons à remercier les centres de recherche et leurs équipes pour leur précieuse collaboration.
Diagnostic précoce de la schizophrénie Recherche en santé mentale Hallucinations accablantes, délires, handicaps sociaux, etc. La schizophrénie représente une bataille quotidienne pour plusieurs personnes. Jusqu’à 1 p. 100 de la population adulte en souffrirait. Le Dr Ridha Joober, professeur en psychiatrie et chercheur à l’Institut Douglas de l’Université McGill, explore des pistes pour mieux venir en aide à ces malades. Son équipe a montré que l’identification et le traitement précoces des schizophrènes leur permettaient souvent de vivre une vie à peu près normale. Comment ? D’abord, en limitant le nombre d’épisodes psychotiques. « On sait maintenant que ces épisodes ont un effet négatif à long terme sur le cerveau, explique-t-il. Il semble que plus le nombre d’épisodes subis dans le passé est élevé, pires seront les symptômes dans l’avenir. » Les retombées d’un diagnostic précoce sur la vie sociale des malades sont aussi manifestes. Aux tous débuts de la maladie, les adolescents ou les jeunes adultes n'ont généralement pas encore été ostracisés par leurs amis, à l’école ou au travail. En les mettant rapidement sous médication, on leur épargne maintes souffrances de ce type. Le Dr Joober a mis sur pied, en collaboration avec le Dr Ashok Malla, un programme d’intervention auprès des centres de santé et de services sociaux, des médecins généralistes, des écoles, des universités, pour aider les intervenants à détecter les premiers signes de la maladie chez les jeunes qu’ils côtoient. Par la suite, son équipe a constaté une augmentation du nombre de patients qu’on lui envoyait. « Il ne s’agissait pas toujours de schizophrénie, dit-il. Dans ces cas, on orientait la personne vers les services appropriés. Mais lorsqu’il était effectivement question de schizophrénie, nous intervenions rapidement. » Le Dr Joober espère que des programmes de sensibilisation seront bientôt offerts à l’échelle de tout le Québec. Pour l’instant, seules quelques organisations de Montréal ont été ciblées. « Il faut restructurer l’offre de soins psychiatriques au Québec, ça presse ! Je crois sincèrement qu’en mettant l’accent sur les diagnostics précoces, on se retrouvera avec moins de cas lourds. Au final, on en sortira gagnants. » Information : Ridha Joober, M.D., Ph. D. Ashok Malla, M.D.
Autisme : le mythe de la vaccination mis K.O. Recherche en santé mentale Certains mythes ont la vie dure. Celui, par exemple, voulant que le mercure soit à l’origine de troubles envahissants du développement, comme l'autisme. Les conséquences ne sont pas banales : des parents refusent de faire vacciner leurs nourrissons parce que certains vaccins renferment du thimerosal, un composé utilisé comme conservateur et qui contient du mercure. En 2006, le Dr Éric Fombonne, psychiatre et épidémiologiste à l’Hôpital de Montréal pour enfants du CUSM, a mis fin une fois pour toutes à ces chimères. Son équipe a récolté des échantillons de cheveux et de sang chez 71 enfants autistes et chez leurs mères. Elle a répété l’expérience chez 76 enfants sains. Résultat : les taux de mercure mesurés chez les deux groupes étaient semblables. Le Dr Fombonne a également constaté une absence de corrélation entre le taux de mercure et la gravité des symptômes chez les enfants autistes. Dans le cadre d’une étude précédente, le Dr Fombonne avait prouvé l'absence de lien entre le vaccin de la rougeole – qui ne contient pas de mercure, mais qui était également soupçonné de causer l’autisme – et le développement de troubles envahissants du développement. Ses recherches ont contribué à redonner confiance aux parents en la vaccination, mais du travail de sensibilisation reste à faire. Le mouvement de résistance perdure dans certains milieux. Tout comme les traitements par chélation, un procédé qui vise à extraire les métaux lourds de l’organisme, dont le mercure, avec ses composés qui ne sont pas sans risque pour la santé. « Une arnaque qu’il faut dénoncer », soutient le Dr Fombonne. Information :
Plonger dans les vaisseaux sanguins Recherche en imagerie Évaluer la santé des vaisseaux sanguins pourrait se révéler une tâche plus facile dans le futur. L’ingénieur Guy Cloutier, professeur au Département de radiologie, radio-oncologie et médecine nucléaire de l’Université de Montréal, membre de l’Institut de génie biomédical de ce même établissement et directeur du Laboratoire de biorhéologie et d'ultrasonographie médicale du CHUM, ainsi que le Dr Gilles Soulez, radiologiste et chercheur à l’Hôpital Notre-Dame du CHUM, sont en train de valider une technologie qui permet de visualiser la structure interne des artères. Cette technologie a été mise au point avec la collaboration de Roch Listz Maurice, chercheur adjoint au Département de radiologie, radio-oncologie et médecine nucléaire de l’Université de Montréal et scientifique au Centre de recherche du CHUM et à l’Institut de génie biomédical. Mais, mieux encore, elle permet aussi d'évaluer l’élasticité des vaisseaux et de mesurer les propriétés mécaniques des plaques athéromateuses – des dépôts à base de cholestérol qui s’infiltrent dans la paroi des vaisseaux. On peut ainsi estimer si ces plaques menacent de se rompre et de favoriser la formation d’un thrombus qui, une fois détaché, ira bloquer une artère un peu plus en aval. La technologie, baptisée « élastographie vasculaire », fonctionne grâce à une sonde externe et offre plusieurs avantages par rapport aux autres techniques d’imagerie médicale. L'angiographie, par exemple, ou l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ne permettent de mesurer que le degré d’occlusion vasculaire et non les propriétés mécaniques de la plaque. En outre, l’angiographie est effractive et comporte des risques pour les patients. L’IRM, pour sa part, coûte très cher. Un appareil revient à quelque trois millions de dollars et permet d’évaluer entre 15 et 20 patients par jour. L’appareil à ultrasons utilisé pour l’élastographie vasculaire coûte entre 150 000 et 300 000 $ et permet le diagnostic d’environ 40 patients par jour. Un brevet international pour la technologie québécoise a été déposé en collaboration avec la société de valorisation Univalor. Des entreprises d’imagerie médicale travaillant à l’échelle mondiale, comme Siemens, se pressent déjà au portillon. Certaines compagnies pharmaceutiques ont également approché l'équipe. Elles aimeraient utiliser la technologie pour déterminer l’efficacité de leurs médicaments contre l’athérosclérose. Aux États-Unis seulement, 25 millions de personnes sont à risque de développer des problèmes cardiovasculaires, et elles pourraient bénéficier d’examens non effractifs. Information : Gilles Soulez, M.D., M. Sc.
Nouvelle stratégie de transfusion pour les enfants aux soins intensifs Recherche en hématologie À partir de quel seuil critique un enfant hospitalisé aux soins intensifs devrait-il subir une transfusion sanguine ? Jusqu’à récemment, les intensivistes ne disposaient d’aucun paramètre pour prendre une décision éclairée. C’est pourquoi le Dr Jacques Lacroix, intensiviste et chercheur au CHU Sainte-Justine de l’Université de Montréal, a lancé une vaste étude auprès de 637 enfants hospitalisés dans 19 unités de soins intensifs au Canada, en Angleterre, en Belgique et aux États-Unis. Parmi eux, 320 enfants ont été sélectionnés pour former un premier groupe, chez qui on a tenté de maintenir un taux d’hémoglobine de 7 grammes par décilitre de sang (g/dl) grâce à la transfusion de culots globulaires, pendant leur séjour aux soins intensifs. Chez le second groupe, formé de 317 enfants, on a plutôt tenté de maintenir un taux d’hémoglobine de 9,5 g/dl. « Les patients du premier groupe étaient donc transfusés moins fréquemment », résume le Dr Lacroix. Quelle a été l’incidence sur la santé des enfants ? Le développement ou la progression d’une défaillance de plusieurs organes sont apparus chez 38 patients appartenant au premier groupe (7 g/dl) et chez 39 patients du second groupe (9,5 g/dl). Bref, aucune différence notable n’a été constatée entre l’état de santé des deux groupes. » On en conclut que le maintien d’un taux d'hémoglobine à 7 g/dl de sang est suffisant, même si cela garde les enfants dans un état d’anémie, explique le Dr Lacroix. Il est inutile de transfuser les patients trop fréquemment. Cela les expose à des produits sanguins et à des risques inutiles. » Information :
Un traumatisme crânien en attire un autre Recherche en réadaptation Les enfants qui subissent un traumatisme crânien sont deux fois plus à risque d’en subir un autre dans l’année qui suit leur accident. Voilà la conclusion à laquelle est arrivée Bonnie Swaine, professeure à l’École de réadaptation de l'Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation du Montréal métropolitain. « On soupçonnait qu’il y avait des risques accrus pour ces jeunes, mais à ce jour, aucune étude épidémiologique ne l’avait prouvé. J’ai voulu en avoir le coeur net. » Avec son équipe, la physiothérapeute a recruté pas moins de 10 000 enfants qui avaient visité l’urgence du CHU Sainte-Justine ou de l'Hôpital de Montréal pour enfants du CUSM pour un traumatisme crânien. L’équipe a réalisé un suivi téléphonique auprès des parents de ces enfants, 6 mois, puis 12 mois après leur visite à l’hôpital. « Dans l’année qui a suivi, 5,5 p. 100 des enfants ont subi au moins un autre traumatisme crânien. C’est deux fois plus que dans notre groupe témoin, des enfants tout aussi casse-cou, qui ont consulté pour des blessures orthopédiques telles que des fractures du poignet ou des entorses de la cheville. » La revue Pediatrics a publié les résultats en 2007. Selon Bonnie Swaine, les victimes de traumatismes crâniens pourraient conserver de légères défaillances sur le plan de la coordination des mouvements, et ce plusieurs mois après leur accident. « On a longtemps prescrit aux enfants de retourner à leurs activités sportives régulières quatre semaines après l’accident, mais c'est probablement trop tôt. Il faut attendre la disparition complète des symptômes : nausées, étourdissements, maux de tête. » Autre recommandation : sensibiliser les parents à l’importance du casque protecteur. « On ne sait pas quels seront les effets à long terme de toutes ces commotions cérébrales », souligne la chercheuse. Information :
Les aveugles goûtent à la vision Recherche en neurosciences Des aveugles de naissance arrivent à distinguer une forme géométrique dessinée sur leur langue à l’aide de faibles impulsions électriques. Maurice Ptito, professeur à l'École d’optométrie de l’Université de Montréal, membre du Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation du Montréal métropolitain et titulaire de la Chaire Harland Sanders en sciences de la vision, en a fait la preuve en insérant dans la bouche de volontaires une grille linguale faite de 144 électrodes qui permettent de dessiner l’image d’un objet sous forme de pulsations électro-tactiles. « Ces individus sollicitent les zones du cortex qui servent normalement à la reconnaissance d'objets chez des sujets voyants, constate le professeur Ptito, qui a collaboré avec Ron Kupers, chercheur à l’Université de Copenhague au Danemark, pour réaliser cette étude. C’est une magnifique démonstration de la plasticité du cerveau. » L’équipe a sélectionné une quarantaine d’aveugles de naissance, des deux côtés de l'Atlantique. Les premiers essais se sont révélés difficiles, mais après quelques jours d’entraînement, les participants arrivaient à distinguer précisément la forme qui s’imprimait sur leur langue : carré, triangle, cercle, etc. Le professeur Ptito croit que les participants pourront graduellement reconnaître des formes plus complexes. Il a récemment conçu un labyrinthe dans lequel il demande aux aveugles de se déplacer. Une caméra placée sur leurs lunettes se charge de repérer les obstacles et de retransmettre l’information sur la langue de l’individu. « Les résultats sont étonnants. Nos participants arrivent à se déplacer de façon remarquable. » Prochaine étape : faire sortir les aveugles à l'extérieur, où ils tenteront de se frayer un chemin dans un parc boisé. « Ils ne verront jamais dans le sens propre du terme, tient à préciser le professeur Ptito. Mais on peut améliorer leur qualité de vie en leur permettant de percevoir les cibles et le mouvement de ces cibles dans leur environnement. » Information :
Adieu somnifères Recherche en neurosciences Stress et insomnie vont souvent de pair. Il n’est pas étonnant que de nombreuses personnes se fassent prescrire des somnifères pour passer à travers une période difficile de leur vie. Et ces médicaments sont efficaces; trop, peut-être. Une fois la période de stress terminée, plusieurs individus restent accrochés. « La dépendance est plus psychologique que physiologique », précise Charles Morin, professeur à l'École de psychologie de l'Université Laval et chercheur au Centre de recherche de l’Université Laval-Robert-Giffard, qui a testé une approche de sevrage particulièrement efficace. Le chercheur a recruté près de 80 volontaires qui consommaient quotidiennement des somnifères appartenant à la classe des benzodiazépines – la classe de médicaments la plus répandue pour traiter l’insomnie, dont fait partie l’Ativan – , et ce depuis 12 à 15 ans. La plupart avaient déjà essayé d’arrêter, sans succès. Charles Morin leur a proposé de réduire la dose de façon graduelle. « On passait, par exemple, de 2 mg par nuit à 1,5 mg. Deux semaines plus tard, on passait à 1 mg, et ainsi de suite. » Ce sevrage était accompagné d’une thérapie cognitive comportementale. On suggérait aux participants des tactiques pour améliorer leur sommeil, comme réduire le nombre d’heures passées au lit. On explorait également leurs croyances. Celle, par exemple, qu’ils n’arriveraient pas à travailler après une mauvaise nuit de sommeil. « Nous avons constaté, en formant différents groupes, qu’il était important de combiner les deux approches : le sevrage et la thérapie. » Après 10 semaines, 75 p. 100 des participants avaient complètement cessé l’usage des somnifères. Chez ceux qui avaient reçu la combinaison sevrage-thérapie, 65 p. 100 n’avaient pas recommencé deux ans plus tard. « Ce n'est pas une cure miracle et certaines personnes vont toujours continuer à prendre leurs médicaments, mais pour d’autres, c’est une béquille dont ils peuvent apprendre à se passer. » Information :
Des lunettes pour aveugler l'horloge biologique Recherche en neurosciences Pas facile de s’adapter au travail de nuit ! Les personnes qui y sont contraintes dorment de moins longues heures que la moyenne des travailleurs. La somnolence excessive entraîne un lot de problèmes, allant de la diminution de la sécurité au travail aux troubles digestifs fréquents. « L'horloge biologique des personnes qui travaillent la nuit est en constant décalage, explique Marc Hébert, chercheur au Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard. Dès qu'elles quittent l’usine le matin, après une nuit au boulot, la lumière du jour envoie un signal à leur cerveau : il n’est pas l’heure de dormir. Il est difficile pour elles de trouver le sommeil lorsqu’elles entrent à la maison. » L’effet éveillant des rayons du soleil serait proportionnel à la durée et à l’intensité de l’exposition. Autre constat : les récepteurs rétiniens impliqués dans la stimulation de la vigilance seraient particulièrement sensibles aux fréquences de la lumière bleue. D'où l’idée de Marc Hébert. « J’ai réalisé un projet de recherche où j’ai demandé à des travailleurs de nuit de porter des lunettes spéciales à leur sortie du boulot, le matin. Les lentilles orangées étaient spécialement conçues pour bloquer la lumière bleue. » Après seulement quelques jours, les volontaires dormaient en moyenne 35 minutes de plus qu’avant l’expérience. Les résultats se sont avérés si concluants que le lunettier New Look a décidé de distribuer ces lunettes nouveau genre. Le chercheur a également testé un système d'éclairage émettant de la lumière bleue, qu’il a installé en usine durant la nuit. « Les employés étaient plus vigilants au travail, se félicite le chercheur. Ces résultats devraient avoir des retombées à court terme pour les travailleurs de nuit. » Information :
Diagnostic précoce de la scoliose Recherche en génétique des maladies musculosquelettiques La façon dont on traite les adolescents souffrant d’une scoliose pourrait être radicalement transformée d’ici quelques années. Le Dr Alain Moreau, spécialiste de la génétique moléculaire des maladies musculo-squelettiques au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, a mis au point un test diagnostique inusité qui permettra de cibler, parfois dès l’âge de 3 ans, quels enfants sont à risque de développer une déviation de la colonne et à quel degré d’intensité la maladie pourrait évoluer. Le Dr Moreau a découvert qu’à l'aide d’une seule prise de sang, il est possible de repérer un défaut dans les voies de signalisation de la mélatonine, une hormone qui régule plusieurs activités physiologiques, dont le métabolisme osseux. En effet, les niveaux sanguins du facteur P – un facteur circulant contrôlé par la mélatonine et sa signalisation – sont de deux à quatre fois plus élevés que la normale chez les enfants scoliotiques et augmentent avec la sévérité de la maladie. Les recherches du Dr Moreau ont montré que l'élévation de la concentration en facteur P précédait de plusieurs années l’apparition des symptômes chez les enfants. La scoliose touche 4 personnes sur 100. À ce jour, le diagnostic n’est posé que lorsque la déviation de la colonne commence à être apparente. L'intervention tardive force les orthopédistes à avoir recours à l’utilisation de corsets ou à la chirurgie. « En agissant plus rapidement, on pourrait peut-être prévenir la maladie », rêve le chercheur. Quelques molécules susceptibles de restaurer la transmission du signal de la mélatonine de même que d’autres permettant de réduire la synthèse de facteur P, sont déjà à l’essai. Information :
Un logiciel pour évaluer l'autonomie des personnes âgées Recherche sur le vieillissement et la perte d'autonomie Évaluer le degré d’autonomie des personnes âgées n’a jamais été si facile, grâce à un logiciel baptisé eSMAF. Ce dernier a été mis au point par l’équipe de Patrick Boissy, professeur et chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement du Centre de santé et de services sociaux – Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke. Le eSMAF est un logiciel de saisie, de traitement et de gestion d’information. Il compile une série de données recueillies par des cliniciens. Celles-ci concernent les activités quotidiennes de la personne âgée évaluée, ses capacités à communiquer, sa mobilité, ses fonctions mentales ou sa capacité à accomplir certaines tâches domestiques. Au total, 29 fonctions sont analysées. « Une fois les données traitées par le logiciel, les cliniciens obtiennent un profil standardisé qui leur permet de mettre au point un plan de soins approprié à l’individu », dit le professeur Boissy. Le logiciel s’adresse aussi aux gestionnaires hospitaliers ou de centres d’hébergement. Ces derniers peuvent s’en servir pour compiler des statistiques et mieux cerner les besoins de leurs clientèles. Les travaux des Dr Réjean Hébert et Nicole Dubuc, qui portent sur l’évaluation de l’autonomie fonctionnelle des aînés, ont servi de base à la conception du logiciel. « Ce sont eux qui ont développé les profils ISO-SMAF (qui représentent le degré d’autonomie fonctionnelle sur une échelle de 14). Pour ma part, j’ai travaillé à l’informatisation. » Le logiciel eSMAF a déjà été adopté par le ministère de la Santé et des Services sociaux dans l'ensemble de ses agences régionales et un projet pilote est en cours en France. Information :
Un diagnostic en un tournemain Recherche en infectiologie 48 heures. C’est long pour un malade qui pense être victime d'une infection bactérienne et qui attend un diagnostic. C’est long également pour un médecin qui tente de savoir s’il devrait administrer ou non un antibiotique à son patient. Jusqu'à récemment, on n’avait jamais réussi à écourter ce temps d’attente. Il fallait cultiver la bactérie en labora- toire et lui laisser le temps de se multiplier avant de pouvoir l’identifier. Plus maintenant. Le Dr Michel G. Bergeron, infectiologue, professeur et directeur du Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval (CRI), le plus grand centre de recherche en maladies infectieuses au Canada, et membre du Centre de recherche du CHUQ-CHUL, a amorcé une véritable révolution dans le monde du diagnostic en mettant au point des tests à base d’ADN. Grâce à eux, il n’est plus nécessaire de considérer la bactérie dans son ensemble pour pouvoir l’identifier. Des fragments de son code génétique suffisent. Ceux-ci sont détectés en moins d’une heure ! Deux premiers tests, maintenant vendus à l’échelle mondiale, ont été mis au point par l’équipe du Dr Bergeron. Un premier sert à détecter les streptocoques du groupe B chez les femmes enceintes. Il aide à prévenir les méningites chez les nouveau-nés. Le second permet d’identifier des staphylocoques qui sont résistants à la méthicilline (SARM). On espère, grâce à ce test, restreindre les infections hospitalières. Pour commercialiser ces innovations, le Dr Bergeron a mis sur pied dès 1995 l’entreprise Infectio Diagnostic inc. (IDI). En 2004, la compagnie a fusionné avec GeneOhm Sciences, elle-même acquise en 2006 par Becton, Dickinson & Co. L’entreprise fonctionne maintenant sous le nom de BD Diagnostic-GeneOhm. Elle fournit plus de 300 emplois à du personnel hautement qualifié de la région de Québec. Le 10 juin dernier, elle a inauguré un tout nouveau centre de fabrication de tests, mis sur pied grâce à un investissement de 39 millions de dollars. Deux autres tests, pour la détection de l'entérocoque résistant à la vancomycine ainsi que de Clostridium difficile, également développés au CRI, s’ajouteront bientôt à la liste des produits disponibles. Information :
Un vaccin contre la leishmaniose Recherche en infectiologie Un vaccin contre la leishmaniose pourrait venir en aide aux 88 pays touchés par cette maladie parasitaire, transmise par la piqûre de la mouche de sable. La forme la plus sévère est la leishmaniose viscérale causée par Leishmania donovani. Lorsqu’il n’est pas traité, ce parasite s’attaque au foie et à la rate, et tue sa victime en quelques mois. Barbara Papadopoulou, chercheuse au Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval et membre du Centre de recherche du CHUQ-CHUL, a mis au point un vaccin expérimental qui suscite maints espoirs. « Il existe plusieurs souches de Leishmania, précise-t-elle. J’ai travaillé avec une souche trouvée chez le lézard gecko et qui n’est pas pathogène pour l’humain.» Des tests réalisés chez les souris ont montré que l'immunisation avec cette souche de lézard induisait le développement d’une réponse immunologique capable de protéger les rongeurs contre une infection à L. donovani. Les résultats ont été publiés en 2005 dans la revue Infection and Immunity. La chercheuse et ses collaborateurs ont depuis procédé au séquençage du génome de la souche qui infecte les lézards. « Il y a une homologie entre les Leishmania pathogènes et le Leishmania du lézard. Ça explique nos résultats. » Avant de passer aux essais chez les humains, des expériences chez les chiens seront complétées. La leishmaniose canine se rapproche énormément de la leishmaniose viscérale chez l’homme. La leishmaniose est une maladie souvent oubliée par les pays du Nord. Pourtant, elle n'a rien de banal. Elle touche des millions de personnes à travers le monde. Il s’agit d’une des infections parasitaires les plus importantes, après la malaria. Information :
Haro sur la maladie de Chagas Recherche en parasitologie Les hémophiles et autres patients qui reçoivent des transfusions sanguines seront bientôt protégés contre la maladie de Chagas grâce aux efforts du Dr Momar Ndao, directeur de laboratoire au Centre national de référence en parasitologie (CNRP), affilié à l’Université McGill et situé à l’Hôpital général de Montréal du CUSM. Peu répandue dans les pays du Nord, cette maladie touche néanmoins 18 millions d’individus sur la planète, et 50 000 d’entre eux en meurent chaque année. Derrière toutes ces pertes de vie se cache un minuscule parasite, invisible à l’oeil nu : le protozoaire Trypanosoma cruzi. Il est transmis à l’humain par de petits insectes au corps aplati, qu’on appelle à juste titre « punaises ». « Un individu peut porter le parasite dans son sang des dizaines d’années sans même le savoir », explique le Dr Ndao, qui a été formé au Sénégal, puis en Belgique. Si cet individu immigre au Canada et fait un don sanguin, aucun contrôle ne permettra de détecter le parasite. Il n'existe pas, à ce jour, de test diagnostique fiable pour le repérer rapidement dans le sang. Une lacune qui pourrait bientôt être comblée. En effet, en collaboration avec Brian Ward, directeur du CNRP, le Dr Ndao a mis au point à cette fin un outil inusité. Le principe consiste à détecter dans le sang un résidu de protéine humaine, dégradé par le parasite Trypanosoma cruzi. « Il s'agit d’une séquence bien connue d’acides aminés, signale le Dr Ndao. Dès qu'on la décèle dans le sang, on sait que le parasite est en cause. » Ce biomarqueur est facilement repérable. Nul besoin d’équipements sophistiqués. « Notre objectif, c’est que le test soit aussi accessible dans les pays en développement, dit le Dr Ndao. Nous avons déjà entamé des collaborations avec le Guatemala, le Brésil et le Venezuela. » Au Québec, le test devrait être disponible d’ici quelques années. Information :
Un nouveau traitement contre l'athérosclérose Recherche en santé cardiovasculaire Les patients qui souffrent de syndromes coronariens aigus (SCA) – qui ont subi une crise cardiaque, par exemple, ou qui ont constaté l'apparition soudaine de douleurs thoraciques – courent un risque important de faire face à d’autres problèmes cardiovasculaires graves. Comment les protéger ? Le Dr Jean-Claude Tardif, directeur du Centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal, professeur de médecine à l’Université de Montréal, a trouvé un élément de la réponse. Les spécialistes savent depuis quelque temps que les lipoprotéines de haute densité ou HDL (qu’on appelle aussi « bon » cholestérol) ont des effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire. Elles réduisent le volume des dépôts qui s’incrustent à l’intérieur des vaisseaux sanguins et qui forment les plaques athéromateuses. « J’ai voulu vérifier si l'infusion chez les patients de CSL-111, un médicament qui ressemble au HDL naturel, pouvait également réduire le volume des plaques d’athérosclérose », résume le Dr Tardif. Dans le cadre de l’étude ERASE, le Dr Tardif et ses collègues ont recruté 183 patients, répartis entre 17 centres de soins au Canada, qui avaient connu de récents épisodes de SCA. L’équipe de recherche a évalué le volume des plaques athéromateuses qui se trouvaient à l’intérieur de leurs artères, grâce à un appareil à ultrasons intracoronarien. Par la suite, à quatre reprises au rythme d’une fois par semaine, 60 d’entre eux ont reçu une injection de solution saline, qui servait de placebo; 123 ont reçu une solution de CSL-111. Le résultat ? « Chez les patients qui ont reçu la solution de CSL-111, on a constaté, six semaines après le début du traitement, une réduction du volume des plaques de 3,4 p. 100 par rapport au début de l’étude, ce qui est considérable. » Le CSL-111 n’est pas encore utilisé comme médicament en clinique pour traiter les patients souffrant de SCA, mais le Dr Tardif espère qu’il se retrouvera dans d'autres essais cliniques dès 2009. Information :
Genoux sous observation Recherche en génie biomédical Pour scruter le coeur, les médecins ont recours à l'électrocardiogramme, souvent appelé EKG, de son nom allemand. Pour évaluer le genou, ils ont maintenant accès au KneeKGTM, mis au point par l'équipe de l’ingénieur Jacques de Guise, professeur à l’École de technologie supérieure, membre du Centre de recherche du CHUM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en imagerie 3D et ingénierie biomédicale. L'invention de l’équipe du professeur de Guise prend la forme d’un harnais qui, lorsque fixé au tibia et au fémur d’un patient, permet d’évaluer la santé de son genou. Le harnais en question est muni d’un arsenal de capteurs électromagnétiques ou optiques. Peuvent s’y greffer d’autres instruments de mesure, comme des gyroscopes et des accéléromètres. Tous ces équipements sont reliés à un petit ordinateur portatif qui traduit les données captées en graphiques tridimensionnels du mouvement des os, tandis que le patient marche sur un tapis roulant. La technologie permet d’évaluer l'état du genou d’une personne qui a subi une blessure ou d’une autre qui souffre d’arthrose, et de choisir un traitement adapté. Grâce au KneeKGTM, le spécialiste peut suivre l’évolution du genou avant et après le traitement. « On peut aussi évaluer l’effet instantané du port d’une orthèse », explique le professeur de Guise. Depuis cette année, le Centre du genou Emovi, à Laval, est équipé de la technologie KneeKGTM. Michelle Laflamme, présidente du Centre, a obtenu la licence d'exploitation exclusive pour la technologie et en prépare maintenant la commercialisation mondiale. D’autres cliniques orthopédiques pourraient bientôt être équipées de cette toute nouvelle technologie. Information :
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FRSQ - Recherche en santé, no 41 - Novembre 2008